Afficher le sommaire Masquer le sommaire
- Une décision du conseil d’administration du 14 octobre 2026
- La formule de l’accord du 5 octobre 2023 et la marge retenue
- Les trois dernières décisions de revalorisation comparées
- Les retraités concernés par la nouvelle valeur du point
- Ce que représente la hausse sur une pension de 800 euros
- Une valeur d’achat suspendue à la négociation de l’accord 2027-2030
Les retraités anciens salariés du secteur privé verront leur pension complémentaire progresser dès le mois de novembre. Réuni le 14 octobre 2026, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco a fixé une revalorisation de 1,4 % applicable au 1er novembre 2026, après une année 2025 restée sans hausse faute d’accord entre les organisations patronales et syndicales.
La retraite complémentaire est la pension versée, en plus de la retraite de base de la Sécurité sociale, par le régime obligatoire géré paritairement par les partenaires sociaux. Elle se calcule en points, acquis pendant la carrière et convertis en euros au moment de la liquidation. Son montant dépend donc d’une valeur décidée chaque année, et non d’un barème fixé par la loi. Comment cette décision a-t-elle été prise, qui concerne-t-elle et que représente-t-elle sur une pension réelle ?
Une décision du conseil d’administration du 14 octobre 2026
La hausse ne résulte ni d’un décret ni d’un arrêté. Elle est actée par la décision annoncée par la fédération Agirc-Arrco le 14 octobre 2026, prise par un conseil d’administration composé des représentants patronaux et syndicaux. Selon l’Agirc-Arrco, la mesure coûtera 1,4 milliard d’euros en année pleine et 21 milliards d’euros sur quinze ans.
À lireRSA et arrêt de travail : la décision du Conseil d’État du 21 septembre 2026 sur le motif légitimeTrois dates sont à distinguer. La décision date du 14 octobre, sa publication par le régime intervient le même jour, et l’entrée en vigueur est fixée au 1er novembre 2026, date à partir de laquelle la nouvelle valeur du point s’applique aux pensions. Seule cette troisième date modifie le montant que vous percevez.
Le régime rappelle aussi la contrainte financière qui encadre ces arbitrages. Ses règles imposent de disposer en permanence de réserves équivalentes à au moins six mois de versement des pensions, appréciées sur un horizon de quinze ans. C’est à l’aune de cette règle, dite d’or, que la marge de revalorisation a été utilisée cette année.
La formule de l’accord du 5 octobre 2023 et la marge retenue
Le cadre est posé par l’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023, qui règle le pilotage du régime pour 2024 à 2026. Son article 4 prévoit que la valeur de service du point évolue chaque 1er novembre comme les prix hors tabac, diminués d’un facteur de soutenabilité de 0,4 point. Le conseil d’administration dispose ensuite d’une marge de 0,4 point à la hausse comme à la baisse, sans pouvoir dépasser l’évolution des salaires.
Pour 2026, l’Insee prévoyait une inflation hors tabac de 2 % et le salaire moyen par tête devait progresser de 1,9 %. La fourchette ouverte allait donc de 1,2 % à 1,9 %. L’application stricte de la formule aboutissait à 1,6 % : le conseil a retenu 1,4 %, soit 0,2 point sous ce point central. Le communiqué justifie ce choix en ces termes.
Cette décision traduit la volonté des partenaires sociaux de préserver le pouvoir d’achat des retraités tout en garantissant la solidité financière du régime.
Agirc-Arrco, communiqué de presse publié à l’issue du conseil d’administration du 14 octobre 2026
La phrase dit l’équilibre recherché, mais le chiffre montre de quel côté la marge a penché. Comparer cette décision aux deux précédentes permet de mesurer ce choix.
Les trois dernières décisions de revalorisation comparées
Le tableau ci-dessous rapproche, à partir des communiqués du régime et de la fiche de Service-Public, les trois revalorisations décidées sous l’accord de 2023.
| Année | Inflation hors tabac prévue | Résultat de la formule | Marge utilisée | Hausse au 1er novembre |
|---|---|---|---|---|
| 2024 | 1,8 % | 1,4 % | +0,2 point | 1,6 % |
| 2025 | Sans objet | Sans objet | Aucun accord | Aucune |
| 2026 | 2 % | 1,6 % | −0,2 point | 1,4 % |
La lecture est nette : la marge a joué en faveur des retraités en 2024 et contre eux en 2026, pour un écart symétrique de 0,2 point. Entre les deux, l’absence d’accord en octobre 2025 a laissé les pensions inchangées pendant deux ans, la précédente hausse datant de novembre 2024.
Les retraités concernés par la nouvelle valeur du point
La revalorisation porte sur la valeur de service du point, c’est-à-dire sur la conversion en euros de tous les points déjà liquidés. Environ 14 millions de retraités perçoivent chaque mois une pension Agirc-Arrco, selon le régime. Sont concernés :
- les anciens salariés du secteur privé, cadres comme non-cadres, déjà à la retraite au 1er novembre 2026 ;
- les bénéficiaires d’une pension de réversion versée par le régime, calculée sur les points du conjoint décédé ;
- les assurés qui liquident leur retraite complémentaire après le 1er novembre, dont les points sont convertis à la nouvelle valeur.
La hausse ne concerne pas la retraite de base, qui obéit à un autre mécanisme et se revalorise au 1er janvier selon les règles du code de la sécurité sociale. Les règles de la pension de base, comme le calcul de la pension des parents, relèvent de la loi et non des partenaires sociaux.
Ce que représente la hausse sur une pension de 800 euros
Prenons une pension complémentaire brute de 800 € par mois. Avec une hausse de 1,4 %, elle passe à 811,20 €, soit 11,20 € de plus chaque mois et 134,40 € sur douze mois. Une revalorisation alignée sur l’inflation prévue de 2 % aurait porté la hausse à 16 € par mois : l’écart atteint 4,80 € mensuels, soit 57,60 € par an.
À lireFin du cumul AAH et ASS au 31 décembre 2026 : ce que prévoit la loi de finances pour 2017Ces montants restent bruts. Le montant net dépend des prélèvements sociaux, dont le taux est fixé chaque année d’après le revenu fiscal de référence, le nombre de parts et le lieu de résidence, comme l’indique l’Agirc-Arrco. Un changement de taux de CSG au 1er janvier peut ainsi modifier le gain net observé sur la pension de novembre.
Pour les détenteurs de points, la valeur de service passe de 1,4386 € à 1,4587 €, selon La finance pour tous, le site de l’Institut pour l’éducation financière du public. Un retraité titulaire de 5 000 points voit ainsi sa pension annuelle brute passer de 7 193 € à 7 293,50 €.
Une valeur d’achat suspendue à la négociation de l’accord 2027-2030
La décision du 14 octobre ne règle qu’une moitié de l’équation. La valeur d’achat du point, qui détermine combien de points obtiennent les salariés pour chaque euro cotisé, sera fixée lors de la négociation du prochain accord couvrant 2027 à 2030. Elle était jusqu’ici arrêtée en octobre pour une application au 1er janvier suivant, ce qui place les 28 millions de salariés cotisants dans l’attente.
Cette négociation fixera aussi la formule de revalorisation des années suivantes. Le facteur de soutenabilité de 0,4 point et la marge laissée au conseil d’administration n’étant prévus que jusqu’en 2026, le rendement futur du régime dépend d’un texte qui n’existe pas encore. Aucune règle pour 2027 ne peut donc être présentée comme acquise à ce stade.
À lireViolences sexistes et sexuelles à l’école : ce que prévoit le décret du 14 octobre 2026 sur le questionnaire des élèvesUn écart entre le montant attendu et le montant versé se signale d’abord à la caisse de retraite complémentaire, puis au médiateur de l’Agirc-Arrco ; un avocat en droit de la protection sociale est compétent pour apprécier une contestation qui persiste.