Actualités

Crédit à la consommation : le paiement fractionné et les mini-crédits basculent dans le droit commun

Trois textes publiés entre septembre 2025 et août 2026 étendent les règles protectrices du crédit aux paiements en plusieurs fois, aux prêts de moins de 200 euros et à la location avec option d'achat. Leur application est fixée au 20 novembre 2026.

Main tenant une carte bancaire sans marque devant un ordinateur portable posé sur une table en bois
Le paiement fractionné, les mini-crédits et la location avec option d'achat entreront dans le droit commun du crédit à la consommation le 20 novembre 2026.
Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Le paiement en quatre fois proposé au moment de valider un panier en ligne, le mini-crédit de 150 € accordé en trois clics, la location avec option d’achat d’un véhicule : autant d’opérations qui échappaient jusqu’ici, en tout ou partie, aux règles protectrices du crédit à la consommation. Trois textes publiés entre septembre 2025 et août 2026 font entrer ces formules dans le droit commun du crédit. Le crédit à la consommation désigne tout prêt consenti à un particulier pour un usage personnel, hors acquisition immobilière.

Cette refonte procède d’une directive européenne, transposée en droit français par ordonnance puis précisée par deux décrets. Elle poursuit un objectif affiché de prévention du surendettement, à un moment où le crédit fractionné s’est banalisé dans le commerce en ligne. Les nouvelles règles ne s’appliqueront toutefois qu’à compter du 20 novembre 2026, délai laissé aux professionnels pour adapter leurs contrats. Quels emprunts sont réellement visés, et que changera cette réforme pour celui qui souscrit ?

Les crédits qui entrent dans le champ de la réforme

L’ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025, qui transpose la directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023, étend le périmètre des règles protectrices. Plusieurs catégories de crédits, jusqu’alors partiellement ou totalement exclues, y seront soumises :

  • les crédits sans frais ni intérêts, dits crédits gratuits, ou assortis de frais négligeables ;
  • les crédits de moins de 200 €, dits mini-crédits ;
  • les crédits de moins de trois mois avec des frais négligeables, qui recouvrent le paiement fractionné ou différé ;
  • les crédits à la consommation compris entre 75 000 € et 100 000 € ;
  • les contrats de location avec option d’achat.

Une exception subsiste. Les cartes à débit différé resteront hors du champ de la réglementation, ce qui maintient une frontière parfois ténue entre facilité de paiement et crédit. La distinction repose sur la nature de l’engagement pris par l’établissement, non sur le montant en jeu.

À lireAttestation d’honorabilité : ce que la généralisation du 1er septembre 2026 impose dans l’enfance handicapée

Le paiement fractionné constitue le principal apport de cette extension. Proposé au moment de l’achat, il ne s’accompagnait jusqu’ici d’aucune information précontractuelle comparable à celle d’un prêt classique, alors qu’il engage l’acheteur sur plusieurs échéances.

Une publicité désormais encadrée

Le décret n° 2026-105 du 19 février 2026 renforce la transparence des offres et l’information délivrée avant la souscription. Toute communication portant sur une opération de crédit devra être claire, loyale et non trompeuse, formule reprise du droit de la consommation.

Les publicités devront comporter la mention avertissant que le crédit coûte de l’argent et doit être remboursé. Mettre en avant la facilité d’obtention d’un crédit sera par ailleurs interdit, ce qui vise les arguments de rapidité et d’absence de justificatifs largement employés par les offres en ligne.

L’information précontractuelle sera elle aussi normalisée : coût total du crédit, conséquences d’un défaut de paiement, voies de recours ouvertes à l’emprunteur. L’objectif annoncé est de rendre les offres comparables entre elles, ce que la diversité actuelle des présentations rend malaisé.

L’analyse de solvabilité rendue traçable

Le décret n° 2026-719 du 1er août 2026 porte sur la partie la moins visible du dispositif. L’établissement prêteur devra pouvoir démontrer comment il a évalué la situation de l’emprunteur, et non plus seulement affirmer l’avoir fait. La charge de la preuve se déplace ainsi vers le professionnel.

À lireIncendies : le décret du 17 septembre 2026 prolonge l’aide à l’activité partielle jusqu’au 4 octobre

Les établissements financiers pourront consulter le fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, y compris pour de petits montants. Cette consultation reste facultative, ce qui laisse à chaque établissement la responsabilité de son propre niveau d’exigence.

Le texte prévoit aussi un accompagnement des emprunteurs en difficulté. Les clients concernés devront être orientés gratuitement vers des services de conseil aux personnes endettées, indépendants du prêteur, selon une logique proche de l’accompagnement social des locataires en impayé. S’y ajoutent des délais de rétractation allongés lorsque l’établissement a manqué à ses obligations d’information, et des conditions préférentielles en cas de remboursement anticipé.

Le cas particulier du découvert bancaire

La réforme touche également les autorisations de découvert. À compter du 20 novembre 2026, les banques devront procéder à une analyse de solvabilité préalable pour toute ouverture ou prolongation de découvert, y compris en deçà de 200 € et pour moins d’un mois. Ces situations échappaient jusqu’ici aux règles du crédit à la consommation.

Le ministère de l’économie a précisé, en réponse à une question écrite, que ces exigences seraient proportionnées. Les informations demandées devront être adaptées à la nature, à la durée et au montant du crédit, avec un régime allégé pour les découverts inférieurs à 200 € et une consultation facultative du fichier des incidents. Les autorisations accordées avant le 20 novembre 2026 ne sont pas concernées.

À lireBail d’habitation : ce que changent les contrats types du décret du 6 juillet 2026 au 1er octobre

Le débat parlementaire a porté sur un risque précis : celui de voir les établissements refuser par prudence les petites facilités de trésorerie aux clients les plus fragiles.

Plusieurs acteurs bancaires alertent d’ores et déjà sur le risque que cette obligation d’analyse systématique conduise, par précaution, à refuser l’octroi de petits découverts aux clients les plus fragiles financièrement, aggravant ainsi leur vulnérabilité et leur exposition à des situations d’exclusion bancaire.

Pierre-Alain Roiron, sénateur d’Indre-et-Loire, question écrite n° 07194 au ministre de l’économie, publiée au Journal officiel du Sénat du 1er janvier 2026

La fin des agios forfaitaires minimaux

Une mesure moins commentée touche directement le coût du découvert. La pratique tarifaire consistant à facturer un montant fixe de frais dès qu’un compte présente un solde débiteur, pour les découverts inférieurs à 400 €, disparaîtra à compter de novembre 2026.

Ces agios minimaux forfaitaires seront intégrés au calcul du taux annuel effectif global. Cette intégration a une conséquence juridique directe : le taux ainsi calculé est soumis au seuil de l’usure, ce qui plafonne mécaniquement le coût des petits découverts. La mesure profite d’abord aux comptes régulièrement débiteurs de quelques dizaines d’euros.

Ce que la date du 20 novembre 2026 implique

Aucune de ces règles n’est applicable aujourd’hui. Les contrats conclus avant le 20 novembre 2026 resteront soumis au régime antérieur, et rien ne change pour un paiement fractionné souscrit cet automne. Cette période transitoire mérite d’être gardée à l’esprit par les emprunteurs comme par les commerçants qui proposent ces facilités.

La question de fond reste ouverte. Protéger les ménages vulnérables sans les exclure du marché du crédit suppose un équilibre que le texte confie largement à l’appréciation des établissements, à travers le caractère facultatif de la consultation du fichier des incidents. Les premières pratiques observées après novembre diront de quel côté cet équilibre penche réellement, sur un marché où plus de cinq millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté.

À lireLivreurs indépendants : la garantie minimale de revenus passe à 19 € de l’heure, calculée chaque semaine

Un emprunteur qui conteste les conditions d’octroi d’un crédit, ou qui s’estime insuffisamment informé, peut s’adresser à un avocat pour examiner les recours ouverts.


Partagez cet article maintenant !