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- Ce que prévoit la loi du 24 août 2026
- Trois façons de mettre les téléphones à l’écart
- Les usages qui restent autorisés
- Le règlement intérieur, passage obligé de la mise en œuvre
- Ce qui peut arriver à un élève qui ne respecte pas la règle
- Une interdiction pensée comme une continuité
- Ce que la rentrée dira de la règle
Depuis 2018, l’utilisation du téléphone portable par les élèves est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges. À compter de la rentrée du 1er septembre 2026, la même règle s’applique aux lycées : la loi n° 2026-813 du 24 août 2026 visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux étend l’interdiction à toute la scolarité. Elle vise l’usage du téléphone, mais aussi celui de tout autre objet connecté.
Cette extension concerne un système scolaire qui accueillera 11 607 600 écoliers, collégiens et lycéens dans 57 700 écoles, collèges et lycées, selon les chiffres publiés par le ministère de l’Éducation nationale le 25 août 2026. La loi pose un principe, mais elle renvoie à chaque établissement le soin d’en fixer les modalités. Que change concrètement cette interdiction pour un lycéen, pour sa famille et pour l’établissement qui doit l’appliquer ?
Ce que prévoit la loi du 24 août 2026
L’article L. 511-5 du code de l’éducation posait déjà le principe de l’interdiction dans les écoles et les collèges, avec deux réserves : l’usage médical et les dérogations prévues par le règlement intérieur. Les lycées, eux, disposaient d’une simple faculté : ils pouvaient interdire l’utilisation du téléphone dans tout ou partie de l’enceinte, s’ils le décidaient. La loi transforme cette faculté en obligation et aligne le lycée sur le reste de la scolarité.
À lireIncendies : le décret du 17 septembre 2026 prolonge l’aide à l’activité partielle jusqu’au 4 octobreLe texte a été promulgué le 24 août 2026 et publié au Journal officiel. Son objet dépasse le temps scolaire : il porte sur les risques auxquels les réseaux sociaux exposent les mineurs, dans un environnement numérique où l’exposition de millions de numéros de téléphone a récemment rappelé la fragilité des données personnelles. L’interdiction au lycée n’en est qu’un volet, celui qui touche la vie quotidienne des établissements.
Une circulaire du 2 juillet 2026, publiée au Bulletin officiel de l’éducation nationale sous la référence MENE2617958C, avait anticipé cette adoption pour que les lycées puissent s’y préparer. Elle invitait les établissements à engager le travail dès l’année scolaire 2025-2026, sans attendre le vote définitif du texte. Les dispositifs retenus varient donc aujourd’hui d’un lycée à l’autre.
Trois façons de mettre les téléphones à l’écart
Le ministère ne prescrit pas un dispositif unique. Service Public détaille trois modalités possibles, seules ou combinées, que chaque lycée retient selon ses locaux et ses effectifs :
- le casier individuel, dans lequel l’élève dépose son téléphone en arrivant dans l’établissement ;
- la boîte collective, destinée à recueillir les téléphones de plusieurs élèves ;
- la pochette individuelle, que le lycéen verrouille à son arrivée et déverrouille en quittant le lycée.
Le choix n’est pas neutre. Il engage un coût d’équipement, une organisation matérielle et une question de responsabilité en cas de perte ou de dégradation de l’appareil. La concertation avec les collectivités territoriales et les parents d’élèves est prévue précisément parce que ces sujets dépassent la seule pédagogie.
Avec 25,3 élèves en moyenne par classe dans les collèges et les lycées, la mise à l’écart de plusieurs centaines d’appareils chaque matin suppose une logistique que peu d’établissements maîtrisaient jusqu’ici. Les exceptions prévues par le texte allègent une partie de cette contrainte.
Les usages qui restent autorisés
Chaque règlement intérieur peut prévoir des dérogations. Sont visés les usages pédagogiques encadrés par un membre de la communauté éducative, ainsi que certaines nécessités d’organisation, comme le fonctionnement du centre de documentation et d’information, de la restauration ou de l’hébergement. Ces dérogations doivent rester limitatives, l’établissement ne pouvant vider le principe de sa portée.
À lireBail d’habitation : ce que changent les contrats types du décret du 6 juillet 2026 au 1er octobreLa loi autorise par ailleurs, en toutes circonstances, l’utilisation du téléphone ou d’un objet connecté pour un motif médical. Sont notamment concernés les élèves en situation de handicap ou atteints d’un trouble de santé invalidant. Les lycées qui accueillent des sections de techniciens supérieurs ou des classes préparatoires aux grandes écoles peuvent instaurer un régime propre à ces étudiants, dont la situation diffère de celle des lycéens, une distinction que le droit opère déjà dans les conditions d’inscription dans l’enseignement supérieur.
Le règlement intérieur, passage obligé de la mise en œuvre
L’interdiction ne devient opposable aux élèves qu’une fois inscrite dans le règlement intérieur de l’établissement. Cette inscription suppose un dialogue préalable avec la communauté éducative. La consultation du conseil des délégués pour la vie lycéenne est obligatoire avant la réunion du conseil d’administration.
La délibération du conseil d’administration est ensuite transmise à l’autorité académique, en application de l’article R. 421-55 du code de l’éducation. Les services académiques exercent à ce stade un contrôle de légalité, qui peut conduire à écarter une clause irrégulière du règlement intérieur.
Pour une famille, cette chaîne procédurale n’est pas une formalité. C’est elle qui détermine ce qui s’applique réellement dans l’établissement de son enfant, et ce qui peut être discuté. Un dispositif mis en place sans être passé par ces étapes repose sur une base juridique fragile, ce qui compte au moment où une sanction est prononcée.
Ce qui peut arriver à un élève qui ne respecte pas la règle
Le texte demande une réponse graduée, personnalisée et proportionnée. Le téléphone ou l’objet connecté peut être confisqué ; l’élève peut aussi faire l’objet d’une sanction disciplinaire, dont l’échelle figure dans le règlement intérieur. La proportionnalité n’est pas une formule de style : elle compte parmi les motifs les plus courants de contestation d’une sanction scolaire.
À lireLivreurs indépendants : la garantie minimale de revenus passe à 19 € de l’heure, calculée chaque semaineLa confiscation soulève des questions concrètes de durée de rétention et de restitution, l’appareil restant la propriété de l’élève ou de sa famille. Les collèges connaissent ces situations depuis 2018 et le règlement intérieur doit en encadrer les modalités, faute de quoi la mesure prête à discussion.
Une interdiction pensée comme une continuité
L’extension au lycée est présentée par le ministère comme une clarification. Un élève entré à l’école après 2018 aura connu la même règle pendant toute sa scolarité, sans rupture au passage du collège au lycée. La cohérence du cadre est l’argument principal avancé par la circulaire du 2 juillet 2026.
Dans un monde saturé d’informations et de petits écrans, qui fragilisent la concentration et les résultats scolaires, l’enjeu est de faire de la technologie un outil au service de la pensée critique.
Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, éditorial du dossier de présentation de la rentrée scolaire 2026-2027, publié le 25 août 2026
Les motifs avancés par la circulaire sont sanitaires, cognitifs, sociaux et civiques : capacité d’attention, climat scolaire, exposition à des contenus violents, risques de cyberharcèlement. Le texte les présente comme largement établis, sans chiffrer l’effet attendu au lycée, où l’interdiction s’installe pour la première fois.
Ce que la rentrée dira de la règle
La difficulté ne tient pas à l’énoncé de l’interdiction, mais à sa tenue dans des établissements aux effectifs nourris, encadrés par 851 500 professeurs à la rentrée 2026. La baisse démographique annoncée par le ministère, de 1,7 million d’élèves d’ici 2035, ne changera rien à la charge d’organisation de septembre. L’écart entre le principe et sa mise en œuvre se lira dans les règlements intérieurs adoptés cet automne.
Le sujet dépasse l’enceinte scolaire. Comme pour d’autres obligations récemment imposées aux adolescents, à l’image du port du casque en trottinette, la portée d’une règle se mesure à la manière dont elle est expliquée, acceptée et contrôlée. Lorsqu’une sanction disciplinaire ou une clause du règlement intérieur est contestée, un avocat intervenant en droit public est le professionnel compétent pour examiner la situation.