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Le prix des carburants a fortement augmenté depuis le début de l’année, sous l’effet du conflit au Moyen-Orient. Pour absorber une partie de cette hausse, le Gouvernement a créé une aide forfaitaire versée aux actifs qui prennent leur véhicule pour travailler : l’indemnité carburant, instituée par le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026. Son montant est de 100 €, ce qui correspond à 20 centimes d’euro par litre pour une consommation moyenne de six mois.
Près de trois millions de personnes remplissent les conditions posées par ce texte, d’après Service Public. Le calendrier, lui, a bougé deux fois : le formulaire n’a ouvert que le 27 mai 2026, et la date limite de dépôt vient d’être repoussée par un arrêté de fin juillet. Qui peut encore déposer une demande, et sur quels critères l’administration fiscale l’examine-t-elle ?
Ce que l’arrêté du 31 juillet 2026 modifie
Trois dates se superposent dans ce dispositif, et les confondre conduit à manquer le guichet. Le décret du 30 avril 2026 a créé l’indemnité et fixé ses conditions. Un arrêté du 28 mai 2026 a ensuite déterminé la période de dépôt des demandes, en la refermant au 30 juillet 2026. L’arrêté du 31 juillet 2026 reporte cette échéance au 31 août 2026.
Ce report ne touche pas au fond du dispositif : ni le montant, ni le plafond de ressources, ni les caractéristiques du véhicule n’ont été retouchés à cette occasion. Le décret n° 2026-417 du 28 mai 2026 avait déjà porté l’aide de 50 à 100 €, à la suite d’une annonce gouvernementale du 21 mai. Seule la fenêtre de dépôt a été élargie, d’un mois exactement.
Les conditions à réunir pour percevoir les 100 euros
Le décret du 30 avril 2026 subordonne le versement à des conditions cumulatives, qui tiennent à la fois à la personne et à l’usage qu’elle fait de son véhicule. Vous devez remplir les exigences suivantes :
- vivre en France ;
- avoir été domicilié fiscalement en France au titre de l’année 2024 ;
- être né avant le 1er janvier 2009 ;
- utiliser votre véhicule à des fins professionnelles ;
- parcourir au moins 15 km par trajet domicile-lieu de travail, soit 30 km aller-retour, ou au moins 8 000 km par an dans le cadre de votre activité professionnelle.
La dernière condition est celle qui donne son nom au dispositif et définit le « grand rouleur ». Les deux seuils sont alternatifs : franchir l’un des deux suffit, le kilométrage annuel de 8 000 km incluant les trajets entre le domicile et le lieu de travail.
À lireIncendies : le décret du 17 septembre 2026 prolonge l’aide à l’activité partielle jusqu’au 4 octobreUn simulateur mis en ligne sur impots.gouv.fr permet de vérifier ces critères avant toute démarche. Il constitue aussi le point de passage obligé vers le formulaire, ce qui rend vaine toute tentative de dépôt direct.
Le plafond de ressources et les revenus pris en compte
Les ressources examinées sont celles perçues en 2024. Votre foyer doit afficher un revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 16 880 € au titre de cette année. Ce montant figure sur la première page de l’avis d’impôt sur les revenus de 2024 établi en 2025, consultable dans l’espace particulier du site des finances publiques.
Tous les revenus ne se valent pas au regard de ce dispositif. Les sommes déclarées au titre de 2024 doivent relever des traitements et salaires ou des revenus assimilés, hors chômage et préretraite, des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles. L’aide vise les personnes en activité, et non l’ensemble des automobilistes.
Une exclusion supplémentaire ferme la porte par le haut. Les redevables de l’impôt sur la fortune immobilière au titre de 2024 ne peuvent pas prétendre à l’indemnité, quel que soit leur revenu fiscal de référence. La lecture de son avis d’impôt reste le moyen le plus sûr de lever un doute avant de remplir le formulaire.
Les véhicules qui ouvrent droit à l’indemnité
Le véhicule doit être un véhicule terrestre à moteur à deux, trois ou quatre roues, à motorisation thermique ou hybride non rechargeable, régulièrement assuré à la date de la demande, et ne pas être considéré comme endommagé au sens des articles L. 327-1 à L. 327-6 du code de la route. Ces quatre exigences sont cumulatives et s’apprécient au jour du dépôt.
Plusieurs catégories sont écartées : quadricycles lourds à moteur, véhicules électriques ou à hydrogène, véhicules agricoles, poids lourds, véhicules de fonction ou de service. La mise à l’écart des motorisations électriques tient à l’objet même de l’aide, qui compense un surcoût de carburant ; leurs acquéreurs relèvent d’autres dispositifs, dont l’aide à l’achat d’un véhicule électrique d’occasion. Une seule indemnité est accordée par véhicule, et une seule par personne.
Le cas des agents publics
La question s’est posée pour les agents de l’État, dont les déplacements professionnels obéissent à des règles propres. Le ministère de l’Action et des Comptes publics y a répondu dans une circulaire du 5 mai 2026 relative à l’adaptation des modalités de travail et de déplacements professionnels des agents de l’État dans un contexte de hausse du coût des carburants. Aucun régime distinct n’a été créé pour cette catégorie d’actifs.
les agents publics qui en remplissent les conditions d’éligibilité bénéficieront [de l’indemnité carburant] dans les mêmes conditions que les autres actifs concernés
Ministère de l’Action et des Comptes publics, circulaire du 5 mai 2026 relative à l’adaptation des modalités de travail et de déplacements professionnels des agents de l’État
Les agents publics sont renvoyés au droit commun de l’indemnité, avec les mêmes seuils de 15 km par trajet ou 8 000 km annuels et le même plafond de 16 880 € par part. Leur statut n’ouvre ni droit supplémentaire ni restriction, la circulaire se bornant à rappeler l’application du dispositif général.
De la demande au versement
La démarche se déroule en deux temps. Vous passez d’abord par le simulateur mis en ligne par l’administration fiscale, qui pose quelques questions pour vérifier votre éligibilité. Le lien vers le formulaire n’apparaît qu’ensuite, et seulement si toutes les conditions sont réunies.
À lireBail d’habitation : ce que changent les contrats types du décret du 6 juillet 2026 au 1er octobreLe formulaire demande votre état civil, votre numéro fiscal, le numéro d’immatriculation du véhicule utilisé et le numéro de la carte grise. Vous devez en outre certifier que les distances parcourues correspondent aux seuils exigés. Cette certification engage votre responsabilité, l’administration ne contrôlant pas le kilométrage au moment du dépôt.
Le versement intervient une dizaine de jours après la demande, sur le compte bancaire renseigné lors de la déclaration de revenus annuelle. Les démarches fiscales en ligne appellent une vigilance accrue depuis la violation de données constatée au système d’information de la DGFiP : aucune administration ne réclame de coordonnées bancaires par courriel ou par message pour verser cette aide.
L’administration fiscale peut exercer un contrôle pendant cinq ans à compter du versement et demander la production de tout document justificatif. Conserver ses preuves d’éligibilité pendant cinq ans relève donc de la simple prudence : attestation d’employeur, relevés kilométriques, carte grise, attestation d’assurance.
Ce que dit la fermeture d’un guichet
Les aides conjoncturelles à guichet partagent une caractéristique : elles se périment. L’indemnité carburant l’illustre, au même titre que l’aide exceptionnelle ouverte aux entreprises touchées par les incendies, ouverte puis refermée au rythme des textes. Un report d’un mois ne crée aucun droit nouveau : il déplace une échéance, et l’échéance déplacée reste une échéance.
À lireLivreurs indépendants : la garantie minimale de revenus passe à 19 € de l’heure, calculée chaque semaineLe contentieux, lui, ne se referme pas le 31 août 2026. Un refus d’indemnité, comme une demande de remboursement formulée à l’issue d’un contrôle, relève de la matière fiscale, avec ses délais et ses formes propres. Un avocat intervenant en droit fiscal est le professionnel compétent pour examiner une décision de cette nature.